ATTENTION SPOILERS PARTOUT

lundi 12 mars 2012

The War of the Roses - Karen Joy Fowler

Une simple nouvelle (déjà publiée qui plus est) reprise dans un petit livre sobre et beau, en papier journal - d'où le nom de la maison d'éditions.

La narratrice est chargée de traverser les montagnes et d'aller à la Guilde des roses exiger de l'aide. Les semailles de la Révolution, une variété très productive d'avoine sélectionnée, ne donnent plus d'assez bons résultats et ne peuvent pas nourrir les enfants. La famine menace sérieusement la Révolution. La narratrice doit absolument ramener de nouvelles semences - ou alors des semences réparées génétiquement -, sinon, c'est la vraie catastrophe hargneuse. La Guilde a la réputation de manipuler génétiquement les plantes, mais on ne sait plus grand chose de la Guilde depuis qu'elle a été expulsée de la Révolution.

La narratrice arrive au domaine de la Guilde. On accepte de l'aider mais on lui fait comprendre que ce sera un travail de longue haleine. La restauration de la diversité génétique de la variété d'avoine se fera sur plusieurs générations : les pouvoirs de la Guilde ont été passablement exagérés, ce sont tout simplement des gens qui ont longtemps travaillé sur les roses (plus généralement sur les plantes) mais qui, lorsqu’ils furent ostracisés, ont perdu tous leurs instruments. Ils acceptent d'aider la narratrice si elle accepte de plaider leur cause auprès des autorités de la Révolution afin que leur soient rendus quelques outils et autres appareils. Elle accepte. Pendant tout un hiver elle demeure à la Guilde, fait le travail qu'on lui impose et apprend à apprécier ce mode de vie qui ne lui apparait pas contre-révolutionnaire, ni tourné vers le passé.

Elle revient au village avec en main quelques semences régénérées. Le transfert est réussi, les récoltes vont aller petit à petit en s'améliorant. Mais les autorités de la Révolution refusent de tenir leur part du pacte et ne donnent pas à la Guilde les quelques outils qu'elle réclamait. La narratrice retraverse les montagnes qui séparent les deux communautés pour trouver le château-fort de la Guilde complètement détruit et rasé.

Avec le compagnon qu'elle s'était fait lors de son séjour à la Guilde, elle prend la résolution de quitter la Révolution et de recommencer le long travail patient de la Guilde.

Voilà une jolie et intéressante nouvelle sur la mémoire et le progrès, sur la dialectique entre la tradition (qui évite les cassures les plus radicales, mais qui aussi peut être un fardeau empêchant toute espèce de progression) et la poussée vers l'avant qui se fait du seul mouvement des peuples. Ce tiraillement est rendu avec justesse par Fowler dans un texte un peu éthéré.

The War of the Roses
Karen Joy Fowler
Pulphouse édition, 1991
43 pages
lecture : avril 93

Le Général dans son labyrinthe - Gabriel Garcia Marquez

Accompagné par une garde d'honneur formé de compagnons d'armes et de domestiques, le général Simón Bolívar quitte Bogotá après avoir abandonné le pouvoir et entreprend la descente du grand fleuve Magdalena vers la côte. L'Amérique, c'est fini pour lui, il part vers l'Europe; son grand rêve de l'Amérique unifiée craquelle et s’effondre sous l'ambition des généraux qui ont pris les provinces sous leur coupe.

Bolívar, quant à lui, est très sérieusement malade. Son entourage est inquiet, voire découragé. Ses jours sont comptés et le voyage sur le Magdalena sera son dernier. On doute qu'il puisse aller vers l’Europe, d'autant plus que le gouvernement du général Santander (qui fut, mais n'est plus, l'ami de Bolívar) refuse de délivrer le visa qui lui permettrait de quitter le pays.

Alors Bolivar descend le fleuve lentement, s'arrêtant au gré des villages et des villes, et le général moribond se remémore les épisodes immortels de sa vie glorieuse : ici, une action décisive contre l’armée espagnole; là, une conquête féminine, et là encore, un village rayé de la carte dont les ruines sont encore habitées. Comme quoi la vie est plus forte que la mort.

Les femmes ont tenu une place importante dans sa vie. Les femmes, mais pas 1'amour. La licence, le sexe, la chair, sans romantisme, dans la perte de l'ambition amoureuse. Comme beaucoup d'hommes politiques, Bolívar est aiguillonné par le goût de séduire, les femmes sont un champ de bataille où il lui faut être irrésistiblement vainqueur.

Pourtant l'ambition première de Bolívar aura été l’unification des provinces de l'Amérique du Sud en une grande Colombie, un rêve tout à fait napoléonien, c'est-à-dire d’époque. Bolívar, de tous les Libertadors, incarnait plus que tout autre ce rêve d'égalité et cette accession à la puissance. Mais le rêve aura été bref, Bolívar n'est pas encore mort que ses héritiers putatifs et ses ennemis acharnés se jettent comme des chacals sur la carcasse de la Colombie. C'est donc autant à l'agonie physique d'un homme que le lecteur est convié qu'à l'agonie de son rêve, de la grandeur de sa vision.

Bolívar hallucine. Il confond les endroits, se méprend sur les hommes, entraperçoit dans sa chambre les femmes de sa vie.

Toute la vie s'échappe et ne reste que le rêve. Et de sursauts en défaillances, dans le long tourbillon qui le mène au néant, Bolívar va peu à peu perdre pied avec la réalité. Mais jusqu'à la toute fin, jusqu’à ces mystérieuses dernières paroles - Comment sortir ce labyrinthe ? - jusqu'au seuil ultime de la mort, Simon Bolívar n'aura jamais été que l'incarnation de cette immense espérance.

L'écriture est extraordinaire de richesse, dense et touffue comme la jungle que le général traverse, éclairée comme les villages où il prend du repos, sombre et tranquille comme le long fleuve qui le guide irrévocablement vers son anéantissement. Mais ce n'est pas avec la prose que le lecteur-ci a connu des problèmes.

Le problème, ça a été avec le peu de connaissances préalables que j'avais de l’histoire de la libération de l’Amérique latine de la domination espagnole. En fait, mis à part les noms des généraux Bolívar et Sucre, je n'en connaissais absolument rien. Cette histoire pourtant prodigieuse, gigantesque et romantique a été si complètement occultée qu'il m’a été impossible de me raccrocher à quelque souvenir que ce soit, et encore moins de départager l'importance des faits et de saisir les finesses historiques des événements et des lieux que met en scène l'auteur. Le lecteur est dans une zone noire.

En résumé, une écriture somptueuse et une anecdote nébuleuse en raison de l'ignorance du lecteur.

Le Général dans son labyrinthe
Gabriel Garcia Marquez
Grasset, 1990
(El general en su laberinto)
319 pages
lu : janvier 95

mardi 6 mars 2012

Le champion des bricoleurs - Cécile Gagnon

Améric Chalifour vit à la campagne. Il a douze ans et il occupe ses loisirs en bricolant mille et un cossins. C’est un esprit inventif, avec des bouts de rien et des machins trouvés ici et là, il fabrique une chatière automatique et un grille-pain programmable via le radioréveil de la cuisine. Il est absolument fasciné par les appareils, les moteurs, la mécanique en général... Comme c'est l'hiver et que la première tempête de neige commence à tomber, il apporte des améliorations au chasse-neige que son père pilote pour la municipalité. Il a bricolé un peu trop rapidement de sorte que le chasse-neige scie des poteaux de bois et arrose la glace plutôt que de ramasser la neige. Son père lui demande de régler ces petits problèmes: Améric se met à la tâche, heureux comme un oiseau. Avec le tuyau du sèche-linge, il transforme le chasse-neige en une authentique souffleuse à neige qui fait délirer de joie toute la municipalité. On parle même d'informatiser toutes les opérations de déneigement, ce qui remplit Améric de bonheur. Entre- temps, il a patenté un fer à friser en appareil à gaufrer les cheveux de ses deux sœurs, ce qui leur permet de décrocher de petits rôles dans un vidéoclip. Tout se termine dans la bonne humeur la plus totale.

Ce livre-là, c'est du bonbon. Très sucré. Ça baigne dans une forme de bonheur et de tolérance qui a peu de chose à voir avec la réalité. Est-ce à dire que la littérature jeunesse devrait être réaliste ? Non, mais il y a certainement une voie autre que la guimauve que nous sert l'auteure.

Cela dit. Le personnage principal est sympathique, débrouillard, il se met sur la sellette sans ostentation, c'est un gentil garçon plein d'idées. On ne peut que l'aimer. La passion qu'il a pour les mécaniques est joliment rendue, et crédible aussi. Ce sont les personnages secondaires qui font défaut. Les sœurs plus âgées, dont les champs d'intérêt sont les garçons et les fringues, la maman très attentive et le papa toujours jovial en dépit des bévues de son fils; cet amalgame du bon sentiment et du cliché flanque le cafard à la fin.

Le champion des bricoleurs
Cécile Gagnon
Québec/Amérique, 1991
103 pages
lu: novembre 95

L'armée du sommeil - Gilles Gagnon

Plutôt que de jouer dehors, Simon aime fouiller dans les hangars du quartier. Un jour, il tombe sur une grosse malle verrouillée dans le hangar de Mme Gilbert, la veuve. Le lendemain, armé d'une chaîne, il fait sauter le cadenas et découvre à l'intérieur du coffre un étrange appareillage électrique qui ressemble à un casque relié à des tubes et des ampoules. Surpris par Mme Gilbert, qui avait entendu un bruit, Simon se prend d'amitié pour la vieille femme un peu triste; elle lui apprend que cet appareil était une invention de son mari, une invention très spéciale qu’il était le seul à connaître. Mais depuis vingt ans, le Dr Gilbert est porté disparu et présumé mort.

Soudain, l'appareil s'anime et Simon et Mme Gilbert sont pétrifiés d’effroi.

Une voix fluette se fait entendre : c'est celle du Dr Gilbert. Il n'est pas mort ! Il est captif sur la planète Samp – son appareil est un genre de téléporteur. Depuis vingt ans, les Sampys le retiennent car, craignant l'agressivité des humains, ils redoutent l'arrivée inopinée d'autres Terriens sur leur monde. Mais, à côtoyer le Dr Gilbert, les Sampys ont modifié leur opinion; et ils permettent à Simon et à Mme Gilbert de venir visiter Samp.

Les Sampys sont des êtres très différents des Humains. Ce sont des êtres colorés, ils ondulent, etc. Avec son accord, ils décident de faire de Simon leur porte-parole qui retournera sur Terre avec un moyen ingénieux pour jeter les bases d'une paix durable entre tous les habitants de la planète. Après un an sur Samp, Simon est téléporté sur la Terre, à Montréal, où il fomente la grève de tous les enfants jusqu'à ce que la paix soit établie. C'est la grève du sommeil : tous les enfants entrent dans un sommeil calme et serein dont ils ne s'éveilleront jamais si la paix ne se fait pas. Simon, qui n'est pas en phase de sommeil, présent les Sampys aux Terriens et explique le but de leur intervention. Tous sont si émus par de tels propos et par la générosité de l’armée du sommeil que, partout, les armes sont abaissées et la paix l'installe.

Le roman s'adresse à un public très jeune. Le côté gnangnan fait sourciller l'adulte. D’autant plus que l’idéologie derrière l’action des Sampys est parfaitement discutable. L’intervention paternelle d’êtres supposément supérieurs qui se servent d'enfants pour arriver à leur but – aussi noble soit-il – est proprement condamnable... En tous cas, il s’agit d’une tare que l'on ne peut passer sous silence même si le roman est diablement mené : les deux premières parties sont bien enlevées, la découverte du coffre suivie de l'histoire des époux Gilbert, et ensuite la planète Samp.

La troisième partie, le retour sur Terre de Simon, le sommeil des enfants, la prise de conscience des autorités politiques et scientifiques et la mise au rancart du militarisme, cette partie est plus forcément abstraite et plus lente bien que le débat d'idées soit présenté de manière vivante.

En somme, un bon petit roman assombri d'une idéologie suspecte.

L'armée du sommeil
Gilles Gagnon
Québec/Amérique, 1987
124 pages
 Lecture : mai 94

René Lévesque - Claude Fournier

Le sous-titre de cet ouvrage est Portrait d'un homme seul. À la lecture, on se rend compte à quel point René Lévesque était solitaire, introverti, incapable amitié et d'amour.

Qu'on ne se leurre pas, Fournier n’a pas écrit une biographie. Il s'agit d’un portrait romancé éclairant les années politiques de Lévesque. C’est bêtement chronologique, ça s'attache uniquement aux principaux événements de la carrière de saint René – et c'est absolument palpitant.
Il faut reconnaître Fournier sait écrire. Il manie la plume avec dextérité et sait monter son histoire. Il met en place des scènes rapides, cadre serré sur les personnages, produit un dialogue concis, souvent percutant – en somme, il maîtrise le montage cinématographique qui accroche le lecteur et le mène par le bout du nez jusqu'aux dernières lignes de l'ouvrage, pareil à un véritable suspense alors que tous et chacun connaît très bien la suite des événements Le portrait brossé par Fournier est passionnant. Il enfile les petites scènes bien ciselés, précises, qui s'enchaînent les unes dans les autres à un rythme haletant. L’impression de mouvement est absolument irrésistible.

Du coup, ce portrait à l'américaine ne pèche pas par excès de psychologie. Celle-ci se réduit à rien du tout : nous ne sommes pas là pour analyser le sujet, mais pour l'observer.

Et de la seule observation, le texte tirera bénéfice et portera jugement sur les personnages. C'est le modèle américain. Ici, pas de descriptions psychologiques ni d’introspection, que le lecteur s'accroche comme il peut, on démarre en trombe et on fonce droit devant...

Nous sommes donc sur les traces de René Lévesque à compter de son départ de Radio- Canada (en 1959) jusqu’à sa retraite de la vie politique, une période d’à peu près vingt-cinq ans. L'angoisse de son entrée au Parti libéral de l’époque, où Jean Lesage se cherchait des hommes valables pour mener son Équipe du tonnerre à remplacer les troupes duplessistes. Chez les libéraux, Lévesque va piloter des projets importants (dont celui de la nationalisation de l'hydroélectricité, qui fera de lui la star de l'élection générale provinciale de 1964).

Lévesque prend une place de plus en plus grande, voire gênante; non seulement est-il un homme extrêmement populaire avec les éleveurs (ce qui porte ombrage à Lesage qui ne se comptait pas pour une prune) mais encore ses idées sur la souveraineté du Québec le place en porte-à-faux avec le PLQ, encore puissamment fédéraliste. En 67, Lévesque donne sa démission. Il fonde le Mouvement Souveraineté-Association qui deviendra un peu plus tard le PQ. Fournier nous fait vivre les rencontres déterminantes et les moments cruciaux, sans en éviter un seul… Tout le gratin politique québécois y passe : Lesage (qui lève le coude avec entrain), Gérin-Lajoie, Bourassa, Jean-Roch Boivin, Parizeau, Charron, les deux Morin (Fournier peint avec une méchanceté jubilatoire un portrait de Claude Morin, extraordinaire de suffisance), Laurin, et des portraits de femmes que Lévesque séduisait ou tentait de séduire.

Autant Lesage était un alcoolique social, autant Lévesque est un Casanova impénitent tenté par toutes les femmes. Même lors de sa longue liaison avec Corinne Côté, il aura des maîtresses et ne cessera jamais de flirter.

Mais la politique exige toujours son dû. Après l'échec du référendum, la nuit des longs couteaux et les tiraillements factieux qui menace le PQ, René Lévesque sombre dans l’alcoolisme (lui aussi) et subit une sévère attaque de dépression, qui le mèneront à quitter la vie politique et à remettre sa démission.

Fournier fait le portrait d'un homme incapable de faire confiance à quiconque. Un homme profondément solitaire, en dépit des conquêtes féminines et de son incroyable popularité personnelle. Alors que la société québécoise est en train de sanctifier cet homme, ce portrait un peu cru jette une lumière nouvelle sur l'homme derrière le saint.

René Lévesque
Claude Fournier
L'Homme, 1993
336 pages
lu : avril 94

lundi 27 février 2012

Les petits cris - J. Gagnon

La vie sexuelle des abeilles : un couple cherche à faire l’amour sans y arriver. Et la bosse des bossus, maman ? : la curiosité insatisfaite d’une enfant devient cruauté pour sa mère bossue. La chambre creuse : un type terne mène une vie terne. L’ambulance : un homosexuel est tellement heureux avec son chum qu’il fait des crises d’hystérie à répétitions qui le mènent toujours à l’hôpital pour y mourir d’amour. Dame Lessard : un homme qui déteste une femme lui prédit qu’elle va mourir d’un terrible cancer ; elle meurt dans l’année, mais en parfaite santé. Une chanson de Françoise Hardy : un souvenir d’amour, introuvable, impalpable, une petite ritournelle qu’on jugeait dérisoire dans le temps et qui revient fixer ce souvenir après des années. Cette salope de Jeannine : un homme tombe amoureux d’une femme qui l’avilira au point de le rendre impuissant quand elle le quitte. Le nombril de la Terre : les gens d’une petite ville meurent mystérieusement d’une explosion de merde quand le ventre leur éclate, puis la ville s’efface de la Terre en ne laissant qu’un petit anus de terre qu’on appellera pudiquement le Nombril. Le petit Gaspar : Gaspar est tellement supervisé par sa mère, tellement contrôlé, qu’un jour il s’arrache le cul à force de se torcher. Il doit être chez Gervaise : un homme cherche son amant à travers la ville, puis le monde, alors que ce dernier l’attend sur le perron de la maison. Les petits cris : une fille naît à un couple, c’est une fille qui pousse incontrôlablement trois cris suraigus à toutes les quinze minutes. Elle grandit sans trouver à se marier car sa mère, après l’avoir bâillonnée, lui a inculqué la manie obsessive de la propreté (elle va jusqu’à torcher les chevaux). Klondike : on a toujours pensé que le vieil homme cherchait de l’or, alors qu’il cherchait le meilleur endroit où enterrer sa maîtresse tant aimée. Le meurtre de Clarisse V. : Clarisse est assassinée de la pire des manières dans le beau Monde. Elle faisait chanter tous ses amis et sa parenté, et ce chantage était réciproque à grande échelle. Mais l’inspecteur en arrive à la conclusion que le meurtre n’a pas pu avoir lieu car il a été commis durant la semaine des quatre jeudis. Une nouvelle absurde pour le moins.

Le talent de Jocelyn Gagnon est vaste mais il s’emberlificote parfois dans des histoires faibles, que le style parvient difficilement à sauver. Reste que ça nous fait une belle jambe, Gagnon, c’est avant tout un style extrêmement léché, aux phrases pleines de fioritures, ornés en diable, élégantes et originales. Des fois, cependant, ça a l’air juste de ça : d’élégance et de m’as-tu-vu stylistique.

Gagnon fait des histoires cyniques, noires, désespérées, d’amour déçu, d’amants insatisfaits ou abandonnés, d’objet que l’on cherche toute la vie et que l’on ne peut retrouver alors qu’ils sont tout à côté : c’est donc une forme de romantisme et d’idéalisme, mais cassés, en morceaux, irréparables. Ne reste que les belles phrases étourdissantes.

Les petits cris
J. Gagnon
Québec/Amérique, 1985
169 pages

dimanche 26 février 2012

American Psycho - Bret Easton Ellis

Patrick Bateman est un jeune yuppie new-yorkais. De jour, il est courtier et gère un portefeuille important chez un courtier. Le soir, il est tueur en série.

Autrement, la vie qu'il mène est un exemple de platitude rectiligne. Il est riche (190 000 $ par année), il a des filles comme il veut, il sniffe de la coke, il va dans les plus chics restaurants et dans les bars à la mode. Pourtant son existence, et celles de ses congénères yuppies, est d’une morose insipidité. Ces gens-là ont tout, en apparence, mais, justement, ils en restent aux apparences. Qui sont-ils ? On ne le saura pas; ce que l'on apprendra d’eux, c'est le style de leurs vêtements, de leurs coiffures, la nature des soins esthétiques (beauté et gymnastique) qu'ils apportent à leur corps.

Pourtant, Bateman est assailli par un besoin incontrôlable de tuer, et surtout de faire souffrir en amenant sa proie à la mort. Ses premières victimes seront un clochard et son chien qu'il s'amusera a dépecer dans une ruelle. Puis, après ça, son désir inassouvissable sera épongé partiellement par un excès de plus en plus grand de dépravation. Bateman s'attaque aux faibles, à ceux à qui la société n`offre pas d’identification : les clochards, les amuseurs publics et les prostituées. À une seule reprise va-t-il tuer un individu de sa caste. D'ailleurs, le roman orbite complètement autour de ce problème de l'identification.

Le fonds sadique de Bateman menace constamment se sortir, de trouver un moyen de se faire connaitre du monde. Cette bête en lui essaie de s'extirper, crie et se rebelle face au silence dont elle fait l'objet — mais nul ne l`entend, hormis le lecteur et Bateman qui raffole de la proximité du danger. Ces épisodes sont peut-être des fantasmes de l'imagination de Bateman, le lecteur devra forger sa propre opinion car aucun indice ne permet de le savoir précisément.

De ce roman, on pourrait attendre une fin morale. Non. Bateman s`en tire, tout simplement parce que les gens de sa génération et de sa qualité s'en sortent : ils ont l'argent, le pouvoir — ils dominent la société,

L'auteur réussit un étrange tour de force : celui de ne décrire absolument personne dans son gros roman. Les hommes sont décrits — avec profusion —- par leurs vêtements (tous assez semblables) et les femmes par leurs coiffures, la grosseur de leurs boules (c`est un roman machiste) et leurs vêtements. D'ailleurs, l'identification personnelle devient vite quasi-impossible, car, d'un jour à l'autre, les vêtements changent selon les modes; de sorte que les personnages n'arrivent jamais à s'identifier chacun l'autre correctement, il y a constamment méprise sur les personnes. Le narrateur lui-même est continuellement pris pour un autre — et le plus énorme, c'est que cette perte d`identité n'inquiète absolument personne et ne les intéresse même pas. Cette grisaille quotidienne fait partie des choses de la vie. Ils ne se connaissent que de nom, reconnaissent vaguement un visage dans la foule... Mais ils sont absolument au courant des griffes de couturier et savent reconnaitre une chemise Brooks d'une Armani au coup d’œil.

Le monde de l'artifice.

Ce roman a fait sensation avant même sa publication américaine quand les passages les plus violents furent coulés à la presse. Une campagne féministe avait appelé au boycott avant sa sortie.

Pourtant, il n'y a pas, ici, de complaisance face à la violence. Les passages les plus durs font frémir, au début en tous cas, puis ils lassent (une obsession est, de par sa nature, répétitive), mais ce sont des passages nécessaires pour les développements psychologique et fantasmatique de Bateman.

Un excellent roman, drôle (notamment tout un chapitre où Bateman, un copain et une fille tentent de choisir, lors d'une conférence téléphonique à trois, un resto où aller souper), pertinent et éclairant sur une couche sociale dont on entend parler beaucoup, les yuppies, mais qui pour le commun des mortels demeurent des bêtes mystérieuses.

American psycho
(An American Psycho)
Brett Easton Ellis
Seuil Points, 1993
513 pages
lecture 2 août 93

mercredi 22 février 2012

Arena - Magic : The Gathering - William R. Forstchen


De la merde.

J'en ai lu vingt pages. Ça été suffisant. J'ai acheté ça en sachant très bien que ça ne volerait pas bien haut. Au mieux, cette mise en situation de l'univers MTG aurait pu être médiocrement intéressante. Horreur, c'est un oiseau sans ailes : ça ne sert à rien, c'est laid et ça piaille fort. Parce que le roman est gros et verbeux.

Mon ami Ronald a eu le courage de le lire au complet. Ça en dit long sur son courage ou son abnégation, ou sur la perte de son sens critique.

Vingt pages. Misère. Ça met le coût de la page lue à 32 ¢.

Magic the Gathering : Arena
William R. Forstchen
HarperPrism, 1995
297 pages
Lu : septembre 95

The Sportswriter - Richard Ford

Frank Bascombe est un écrivain de sport pour une revue spécialisée. Il a publié quinze ans auparavant un recueil de nouvelles qui lui a valu estime et fortune. Depuis, c’est la panne sèche. D’ailleurs cette panne-là ne l’émeut pas. Frank est un homme déconnecté. Sa femme est parti parce qu’elle trouvait morne la vie en sa compagnie.

Je n’ai pas terminé ce livre. Ça porte tellement sur les nerfs, cette espèce de néant de valeurs et d’émotions. L’absence de valeurs profondes ne signifie pas que le personnage se vautre dans l’acte gratuit ou dans le genre de pensées nihiliste où rien ne compte, surtout pas la douleur que l’on inflige aux autres. Bascombe est un type correct qui essaie de vivre sans trop faire de mal autour de lui.

Ce qui irrite, c’est à la fois le propos du livre (mais ne l’ayant pas fini, comment osé-je porter un jugement ? – d’autor !) et la manière de l’écriture qui reste collé aux limites du personnage, à ses introspections à tiroir, à des séries de flashbacks sans relief à l’intérieur de flashbacks d’une égalité sans pareille. Il y a quelques bonnes réflexions dans ce roman : mais elles sont éparses, et on sent que l’auteur se préparait à les déclamer, le roman tout entier donne l’impression d’avoir été orienté en fonction de ses réflexions.

Bon. Et puis ça n’avance pas, ça stagne. On s’ennuie en compagnie de Frank Bascombe, on voudrait qu’il fasse quelque chose, qu’il pète, qu’il rote, qu’il saute ses blondes, qu’il vive ! Mais non, Bascombe traîne ses interrogations inintéressantes (il les juge telles lui-même) et succombe à l’indifférence introspective pour un oui et pour un non. Ce n’est ni de la complaisance (au moins, ce serait une émotion !), ni de la morbidité…

Ça parle de l’indifférence, de la perte de l’intérêt – et l’écriture est, hélas, parfaitement idoine avec le sujet.

The Sportswriter
Richard Ford
Vintage, 1986
375 pages
Lu : octobre 93

mardi 30 août 2011

I Have No Mouth & I Must Scream - Harlan Ellison

I HAVE NO MOUTH, AND I MUST SCREAM. Pris dans la logique de la Troisième Guerre mondiale, les Américains ont construit un gigantesque ordinateur de contrôle, les Russes aussi, idem pour les Chinois. Ces ordinateurs se sont amalgamés et ont ainsi donné naissance à AM, une super machine qui a pris le contrôle de toutes les opérations, puis de la destinée du monde. En conséquence, l’espèce humaine a été complètement éliminée à l’exception de cinq individus, qui ont été conservés pour expier par la souffrance les crimes de l’humanité. Depuis sept cents ans, ils attendent une délivrance que seule la mort peut leur apporter. AM qui est un avatar de Dieu les empêche de mourir, car il a ce pouvoir. Les frustrations sont grandes, les corps mutilés. Dans un moment de démence, le narrateur parvient à déclencher une tuerie hystérique et à prendre AM de vitesse. Quatre des cinq survivants périssent. Le narrateur sera gardé en vie, au prix d’une affreuse mutilation. D’où le titre de la nouvelle... Ellison fait dans la nouvelle coup-de-poing, pas dans l’œuvre d’art. Ce sont des cris contre des crimes ponctuels, de sorte que les textes passent mal la rampe des siècles. La nouvelle est cousue de gros fils bien épais, tissée sans beaucoup de finesse. Dans l’univers constipé de la sf des années soixante, cette nouvelle a eu l’effet d’un électrochoc, trente ans plus tard, le choc n’est plus et la pertinence est passée.

BIG SAM WAS MY FRIEND. Un très ordinaire petit cirque galactique engage un humanoïde capable de se téléporter qui monte un numéro spectaculaire et faussement dangereux. L’homme s’appelle Sana, il est grand comme c’est pas permis et il recherche une jeune femme, Claire, morte en raison de son inaction. Sur la planète Giuliu II, au cours de la cérémonie du sacrifice de la vierge, Sam croit reconnaître Claire dans la victime destinée au supplice et il la sauve de la décapitation. En réparation de son acte, Big Sam est condamné à la pendaison. Il aurait toutes les occasions de ne pas mourir, avec le pouvoir qu’il a, mais il accepte son sort et meurt sous les yeux de la petite troupe qui ne réagit pas... Une histoire qui aborde le thème de la culpabilité, celle de Sam à l’égard de celle qu’il aimait et celle des gens du cirque vis-à-vis de Sam qu’ils laissent mourir sans agir car cela sert bien leurs intérêts sur la planète. Mais malgré les bonnes intentions, ce n’est pas très fort, ni surtout original. Une histoire bien banale sur un fond de beau décor un peu gaspillé.

EYES OF DUST. Dans la Cité de la Lumière, sur la planète Topaz, au milieu de la perfection des êtres, un aveugle et une femme défigurée par un grain de beauté ont un enfant aux yeux vides, comme remplis de poussière grise, qu’ils élèvent en paria car l’absence de perfection est une horreur inadmissible sur la planète. La maison qu’ils habitent est anéantie lors d’un accident et les parents perdent la vie; des sauveteurs retrouvent le jeune enfant, si laid, si laid, et lui font la faveur de l’abattre. Mais depuis ce crime, un lourd nuage gris flotte à la surface de Topaz, enlaidissant la ville, empêchant les habitants de vivre dans l’innocence du crime commis... L’enfer est pavé des meilleures intentions. Texte dogmatique à la symbolique lourdement mise en scène. Pourtant, c’est assez bien raconté, sans les excès habituels de l’auteur. Lecture légère et agaçante.

WORLD OF THE MYTH. Gornfeld, Rennert et Iris se retrouvent naufragés sur une planète inconnue. Ils sont tous plus ou moins amochés : Iris a les jambes brisées, Cornfeld un bras cassé et Rennert souffre de contusions. En attendant les secours, ils doivent vivre ensemble. La tension est grande car Rennert a déjà violé Iris et semble sur le point de récidiver. De mystérieuses fourmis entourent le campement, fourmis capables de concrétiser certaines de leurs visions. Après que Rennert eut tenté de violer encore une fois iris, Cornfeld le supplie de demander aux fourmis de lui montrer son vrai visage. Rennert se tue, incapable de supporter l’incarnation du mal qu’il est. Cornfeld annonce à Iris la nouvelle de la mort de Rennert et les raisons qui en sont la cause. Elle est abasourdie. Cornfeld comprend que ce serait le suicide pour elle aussi si jamais les fourmis lui montraient son vrai visage. Dans le crime de Rennert, elle était aussi coupable que lui... Nouvelle rétrograde pourrait-on dire à prime abord, puisqu’elle confond victime et prédateur dans le même crime. Mais ici le viol est un accessoire à la question plus fondamentale sur le partage de la culpabilité. On a toujours quelque chose à se reprocher, une partie noire cachée au fond de notre âme qu’on souhaite jamais ne voir émerger. Une bonne nouvelle mélodramatique quant à la forme mais qui a gardé son impact en dépit des décennies accumulées.

LONELYACHE. Un gars que sa femme a quitté se languit de désespoir. Sa vie n’a plus de sens. Il baise à gauche et à droite des femmes aux noms qu’il ne retient pas. Il vit une déliquescence de l’âme. Une ombre vit dans le même appartement que lui, le monstre de toutes ses culpabilités diffuses. La bête prend de plus en plus d’expansion. Lui devient fou et se suicide d’une balle dans l’œil quand il ne parvient pas à faire partager son mal de vivre à une prostituée qu’il avait levé en dernier recours. .. Très puissante nouvelle au propos extrêmement obscur. La déchéance de cet individu, son drame égoïste et pourtant universel est prenant; on tombe là-dedans comme dans une ouate oppressante, humide, on glisse lentement vers la décomposition. Mais Ellison abuse d’images fortes qui produisent un effet de saturation.

DELUSION FOR A DRAGON SLAYER. J’ai lu cette histoire sans rien y comprendre et sans accorder la moindre importance à cette incompréhension. Ça dit tout. Ça a une allure de texte écrit à l’hallucinogène, Ellison dément la rumeur et parle plutôt de tentative de mysticisme. Ce lecteur-ci, lui, a été mystifié.

PRETTY MAGGIE MONEYEYES. Kostner tente sa dernière chance à Las Vegas, la ville du Péché. Il en est au dernier dollar de sa misérable vie qu’il joue dans une machine à sous. Les roues tournent, s’arrêtent sur trois yeux bleus qui le regardent intensément, qui lui parlent. C’est le jackpot. Kostner gagne deux mille dollars. Il rejoue et gagne immédiatement. Il va gagner dix-neuf fois en ligne, à un point tel que l’administration du Casino va lui demander d’aller se coucher quelques heures afin que l’appareil soit inspecté. Kostner accepte. (Six semaines auparavant, Maggie aux yeux bleus, une fille sortie de l’Amérique moyenne, montée au sommet de la prostitution de luxe grâce à un insatiable appétit de pouvoir et un sens remarquable de la ruse, est morte à cet appareil. C’est son âme qui appelle maintenant Kostner, qui lui promet qu’il va gagner éternellement.) Le lendemain, Kostner se remet à la machine à sous. Un éclair intérieur. Il meurt lui aussi. La machine maudite (deux morts et une fortune coulée pour le Casino, trop c’est trop) est expédiée à la ferraille. Sur les roues internes, on voit maintenant trois yeux bruns, la couleur des yeux de Kostner... C’est une bonne histoire, très très maniérée, mais efficace et bien construite. Il faut admirer la cohérence du symbolisme ellisonnien, idem pour sa stratégie métaphorique. Deux destins opposés, un qui monte, un qui plonge vers le néant, avec un arrêt final dans la mort, au même endroit, voilà qui est assez hallucinant. Tout nous ramène à la mort avec l’auteur. Les destins ne s’entrecroisent pas, ils se cognent l’un à l’autre, brutalement, une seule fois, et il n’y a pas de reprise. Ça se termine généralement en tragédie disproportionnée quant aux malheurs des individus. En prime, la culpabilité, mais ici sous la forme d’un destin flou auquel les protagonistes n’échapperont pas.

[Some readers contend that] I’m a poor lousy hack with a tiny gift for explosiveness, dit Ellison dans la préface à PMM (p. 147). Ceux-là n’ont pas complètement tort. Mais Ellison est plus qu’un écrivaillon sans talent. Ses nouvelles sont des cris du cœur écrites dans la passion, avec rage et débordement, dans un style baroque, excessif, brut... et lassant quand ça ne fonctionne pas. Il y a tant de scories. Et les clous qu’il enfonce sont parfois tellement énormes et si peu subtils que la sensibilité du lecteur peut en être froissée. Mais brèfle, Ellison est surtout un pur produit des années soixante soixante-dix, des années de rêve et de poudre, d’exorcisme social et de rage brûlante. Si le message qu’il nous laisse est primordial; le contenant a vieilli.

I Have No Mouth & I Must Scream
Harlan Ellison
1977, Pyramid
édition originale 1967
175 pages
avec introduction de T. Sturgeon et introductions de l’auteur
lecture : mars 9

La soupe aux choux - René Fallet

Deux vieux habitent un village quasi abandonné du Bourbonnais. Ce sont Francis Chérasse, dit Cicisse, dit le Bombé (parce qu’il est un chouïa bossu) et Claude Ratinier, dit Le Glaude. Ils mènent une vie bien tranquille, très campagnarde, faite de nombreux canons éclusés et de remarques caustiques sur leur environnement.

Un jour, un Oxien (habitant la planète Oxo) vient atterrir dans le potager du Glaude en pleine nuit. Les Oxiens vivent une vie monacale, sans plaisir car ils ne connaissent ni la différentiation sexuelle, ni la nourriture ni le vin. Le Glaude, aidé par Cicisse, va entreprendre la Denrée (puisque tel est le nom qu’ils vont choisir pour leur hôte — qui n’en a pas) et le mener très lentement au bouleversement de ses mœurs. La Denrée va ensuite contaminer les habitants de sa propre planète en leur inculquant les joies de la soupe aux choux dont ils se feront un régal princier.

Mais la vie tranquille et peinarde des deux vieillards est finalement menacée par une expropriation quand des promoteurs imaginent que sur ce site enchanteur on peut construire un parc d’attractions avec autoroute, grande surface commerciale et hôtels pour loger les milliers de touristes qui vont assaillir les lieux. Cicisse et le Glaude sont découragés, mais la Denrée leur propose un marché. Puisque la soupe aux choux dont ils lui ont livré le secret n’est vraiment délicieuse que si c’est eux qui la font, et compte tenu de sa popularité sur Oxo où elle est devenue un remède à la morosité et est prescrite par les médecins, la Denrée leur propose de les emmener tous les deux, avec le chat noir du Glaude, et un grand lopin de terre sur lequel ils pourront continuer à faire pousser choux, carottes et oignons, tout ce qui est absolument nécessaire au succès de cette soupe miraculeuse. En plus, ils vivront jusqu’à deux cent trente ans sans aucun des désagréments de la vieillesse. Ils acceptent et partent le cœur léger, abandonnant un monde qui les abandonnait en retour, quittant une vie qui arrivait à terme...

Comme c’est absolument délicieux. Amusant, noir, caustique, triste sans céder à la mélancolie et plein à ras bord d’une tendresse âcre et bourrue qui ne trouve pas les mots pour avouer sa propre nature…

Quelques épisodes mémorables : une famille belge s’éreinte et se ruine à retaper une ferme depuis une décennie, travaillant, geignant et suant du matin au soir en prenant ses quinze jours annuels de vacances, les enfants en ont marre et les voisins — dont les deux vieux — rigolent, la femme du Glaude ressuscitée par la Denrée mais avec soixante ans de moins, ce qui la rend jeune, jolie, désirable, mais dorénavant incapable de vivre dans cette campagne avec ce vieux kroum et la résignation de celui-ci à la perdre pour un jeune gars; le chat, vieillissant, tout juste bon à se coucher au soleil, le ventre creux, parce que les souris sont de plus en plus rapides; l’interlude mélodique avec le Glaude et Cicisse en fins pétomanes hilares; et la fin, à la fois tragique et souriante...

Le roman est souriant — continuellement —, parfois hilarant, empreint d’une chaleur rubiconde pour un mode de vie en voie de disparition et ses habitants dont on fait peu de cas. La Soupe aux choux est un hymne plein de verve et de verdeur à l’amitié, et à la résignation devant les ravages du siècle et de la vieillesse, sans nostalgie larmoyante aucune.

La Soupe aux choux
René Fallet
1989, Folio
281 pages
lecture : mai 94

Comment fais-tu l’amour, Cerise? - René Fallet

Michael Huggins vient d’avoir quarante ans. C’est un homme à femmes, un Casanova misogyne qui n’aime les femmes que pour le plaisir qu’il peut en tirer. Le jour de l’enterrement d’une collègue de bureau, il fait la connaissance de la nièce du défunt, Marjorie, une femme splendide à qui il fixe un rendez-vous pour le soir même. Ce qu’elle accepte avec joie car Huggins est vraiment irrésistible. On comprend assez rapidement que si Marjorie tombe amoureuse de Michael, lui la considère comme un trophée de chasse, une belle bête qu’il consomme avec délectation. Marjorie, dont l’amour est éperdu, se souille à la demande de Michael qui va l’humilier sans cesse, lui demandant de se prêter à son copain, Junkie, un Arlequin poétique et raté, un hippie puant, crasseux mais au grand cœur (ô cliché). Marjorie accepte tout dans l’espoir que Michael lui revienne.

Quelques jours plus tard plus tard, Huggins voit passer devant chez lui une délicieuse jeune femme qui mange nonchalamment des cerises. Il est pris du puissant besoin de faire sa connaissance. En attendant, dans ses rêveries, il la prénomme Cerise. Cerise est une Française dont le mari fait un stage à Londres. Elle ne parle pas un mot d’anglais, ce qui, de prime abord, ne va pas faciliter la conversation avec Michael quand il trouve le moyen de faire sa rencontre dans une épicerie. Pourtant, le gars est persistant, il ne lâche pas le morceau qu’il croit tenir.

Cerise sera une proie beaucoup plus difficile à saisir, en fait, Michael ne parviendra pas à lui faire l’amour; d’où le titre en forme de question qui revient comme un leitmotiv dans tout l’ouvrage. Et ce qui est même le plus terrible pour Michael le chasseur, c’est qu’il découvre l’amour. Lui qui n’a jamais désiré que la chair des femmes, voilà qu’il se met à pleurnicher pour un rien, à échafauder des plans grotesques pour la ravir, il ne pense plus qu’à Cerise; plus elle est distante, plus il en rêve, plus il s’imagine que sa vie ne peut s’accomplir qu’avec et par elle.

Pourtant peu à peu, la résistance de Cerise s’use, ses forces s’étiolent. Quand elle se retrouve à l’hôpital suite à une mauvaise chute et que son mari doit retourner à Paris sans faute, elle commence sérieusement à ployer. Sa relation avec Michael Huggins s’intensifie tout en demeurant d’une chasteté peu ordinaire. Bientôt elle est guérie et doit traverser la Manche pour retrouver son mari. Michael prend congé de son travail et l’accompagne en France. Sur le quai de la gare, Marjorie fait une apparition extrêmement inattendue, elle tire huit balles et tue Michael Huggins.

Le roman prend fin abruptement et il était bien temps car la patience du lecteur avait été rudement mise à l’épreuve. L’histoire en vaut bien d’autre, celle du Casanova qui découvre le sens véritable de l’Amour, qui apprend à distinguer les appels du cul de ceux du cœur, on a lu ça ailleurs, avec moins d’insistance peut-être, mais on n’en tiendra pas rigueur à Fallet. Ce qui choque et ennuie dans ce roman, ce sont a) le ton très british (tel que vu par un Français), vouvoiement et distance interpersonnelle absurdement exagérés, et b) l’antipathie très vive qu’un personnage comme Michael Huggins génère chez le lecteur.

Tout le roman fait très affecté. Ce qui nous est décrit fait breloque, le cul qui nous est montré n’intéresse pas (c’est un comble), l’amitié masculine entre Junkie et Michael est fausse, seul l’amour éperdu de Marjorie pour son baiseur a un peu de profondeur. C’est peu.

J’avais beaucoup aimé la Soupe aux choux du même Fallet, roman qui se situe dans sa veine beaujolais (c’est lui qui précise). Comment fais-tu l’amour, Cerise ? se situe dans l’autre veine de l’auteur, dite whisky, largement inférieure.

Comment fais-tu l’amour, Cerise?
René Fallet
1985, Folio
310 pages
lu: avril 95 

The Nitpicker’s Guide for Next Generation Trekkers - Phil Farrand

L’auteur recense dans l’ordre de leur diffusion tous les épisodes des six premières saisons de Star Trek : The Next Generation. A raison de 26 par saison, ça nous en fait quand même 156. Et ça nous en fera 182 à la fin de la septième et dernière saison en cours...

Farrand procède très méthodiquement. D’abord un résumé de l’épisode, suivi d’un quiz très pointu sur des détails auxquels seul un pur trekker aura porté attention. Ce quiz est absolument sans intérêt, mais enfin, ça se lit.

Vient ensuite une deuxième partie qui porte sur les erreurs de chacun des épisodes. L’auteur les a divisés en quatre grands genres : les Plot Oversights (quand sont volontairement oubliées les capacités du vaisseau ou des personnages afin de créer du suspense), les Changed Premises (qui entrent en contradiction avec les informations données dans d’autres épisodes), les Equipment Oddities (les aberrations techniques de l’équipement utilisé) et enfin les Continuity and Production Problems (les erreurs de script — c’est la partie la plus amusante, par moments franchement hilarante; c’est celle qui se prête le mieux au suivi télévisuel).

Tout ça est évidemment redondant et un rien ennuyeux. Farrand se gave de peccadilles (il relève toutes les erreurs de numéros d’ascenseurs — la faute la plus commune avec l’utilisation incohérente des communicateurs). Quelques erreurs sont vraiment amusantes: dans un épisode, par deux fois, Riker ajuste son phaser en le tenant pointé vers lui-même — impayable ce Riker!

On apprend aussi l’âge du capitaine. En grappillant des informations disséminées à travers plusieurs épisodes, Farrand en arrive au constat suivant : Jean-Luc Picard a 93 ans !!! J’ai lu cela vers minuit un soir et j’en ai rigolé une partie de la nuit.

En somme, il s’agit d’un livre minutieux et documenté. Malheureusement, il est écrit avec très peu d’humour, Farrand a succombé au syndrome de l’archiviste. Une lecture intéressante, pour trekkers convaincus.

The Nitpicker’s Guide for Next Generation Trekkers
Phil Farrand
1993, Dell
422 pages
lecture : janvier 94

lundi 29 août 2011

Kafka Kalmar : une crucifixion - Billy Bob Dutrisac

Kafka Kalmar est journaliste à l’hebdomadaire à tendance rock Riff. Il mène une enquête sur le révérend Walter Warhead, télévangéliste à la mode américaine. Warhead prêche le credo habituel : les femmes à la maison, la drogue hors des écoles, Dieu aime le profit et n’aime pas les tapettes, etc. Justement, à force de trop regarder les émissions télé de Warhead, un homme vient de se trouver une vocation subite et se met à étrangler des homosexuels. Il tue un ami de Kafka Kalmar, Barlow Barkovitch, sous les yeux même de Kafka. L’enquête de Kalmar établit le lien entre Samuel l’étrangleur et le révérend Warhead. Petit à petit, Samuel tombera sous la coupe de Warhead et deviendra son tueur, son ange vengeur; tous les ennemis de l’Église sont des cibles, et à prime abord, Kafka Kalmar, parce que ses articles dans Riff sont absolument dévastateurs — car, en fait, le révérend Warhead vit à des années- lumière de ce qu’il prêche : il boit, aime le rock, force sa femme à se faire enfiler par le premier venu, il fréquente les néo-nazis et est acoquiné avec le premier ministre conservateur ; la panoplie habituelle, quoi.

Comme prévu les dangers mortels s’amoncellent sur l’enquête menée par Kalmar et quelques-uns de ses amis. La mort frappe violemment et le climat se fait de plus en plus menaçant au fur et à mesure que les révélations (c’est le cas de le dire) et les événements viendront alourdir le dossier de Warhead et de son dangereux sous-fifre Samuel. Mais l’empire de Warhead s’écroule brutalement quand les mensonges du révérend tissent autour de lui un filet auquel Samuel ne peut plus s’accrocher. Samuel tue Warhead, qui est en retour abattu par la police.

Kafka Kalmar reprend ses activités au Riff après une période d’accalmie.

Dutrisac a manifestement un style et des choses à dire, même si l’histoire racontée se situe dans une certaine banalité grotesque. N’importe quelle histoire est une bonne histoire si elle est bien racontée, et si elle est formidablement racontée, elle devient prenante et haletante. Ici, pas de ça. Dutrisac est prisonnier d’un style tape-à-l’oeil, simili-baroque et punché, au fond très as-tu-vu-la-trouvaille-et-le-jeu-de-mots que voilà. Ces breloques stylistiques mettent une distance entre le lecteur et les personnages. C’est bien dommage car on n’aurait pas demandé mieux que de croire en eux. Triste, triste, mais comment accorder crédit à des personnages affublés de noms tels : Kafka Kalmar, Brooklyn Cholestérol, Simone Siamois, Zen Rhododendron, Gordon Goosewalk — cette affectation est ridicule et diminue l’intérêt du lecteur pour cette fiction.

C’est d’autant plus attristant que, par moments, lorsqu’on arrive à passer outre ce ridicule, on reste à peu près captivé. Dutrisac est un jeune romancier, il va apprendre à ne pas tenter de voler la vedette à sa propre création.



Kafka Kalmar : une crucifixion
Billy Bob Dutrisac
1989, Québec/Amérique
édition originale 1989
290 pages
lecture : mai 94

À noter : cet ouvrage est sorti ultérieurement en réimpression sous le titre : La crucifixion de Kafka Kalmar et signé du vrai nom de l’auteur, Benoît Dutrizac.

The Military Dimension - David Drake

Rescue Mission. Le Premier Peloton de Marines est chargé d’aller libérer le fils d’un sénateur capturé par les Weasels. La bagarre va être dure, tous les Marines ont des parents qui furent tués ou pris en esclavage par les Khaliens (nom véritable des Weasels). Leur coup de main est terriblement efficace. Les Marines investissent une colonie weasel et commence un joli massacre à la Rambo. Au moment de libérer le fils du sénateur, ils le surprennent à collaborer avec l’ennemi et l’abattent sans merci. Ne jugez pas les hommes qui font la guerre, dit Drake dans son introduction. Ce qui ne l’empêchent pas, lui, de juger ceux qui « collaborent ». Une nouvelle affreusement écrite, à la limite de la compréhension humaine, banale et moralisante par-dessus le marché, puisqu’elle se termine avec l’exécution d’un traître, au beau milieu du coup de main.

The Dancer in the Flames. En faisant brûler de petites boulettes de C-4, un capitaine voit apparaître dans les flammes une belle femme nue qui danse. Il en devient obsédé, au point de faire brûler une brique de C-4 d’un seul tenant à son poste de commande d’un blindé. Les hommes qui voient s’élever une flamme immense accourent et trouvent à la place de leur capitaine une jeune femme nue, éberluée. Il s’agit d’une sorcière française qu’on avait brûlée en 1429. Elle et le capitaine ont été intervertis. La fin — très explicative — gâche un excellent exercice sur l’obsession.

Arclight. Les hommes d’un char américain découvrent une grotte secrète qui est un temple abandonné. Pendant plusieurs jours, ils sont poursuivis par une divinité courroucée et ils meurent l’un après l’autre, horriblement décapité, jusqu’à ce que des B-52 viennent anéantir les restes de l’ancien temple. Curieuse histoire sur la hantise et la culpabilité que des envahisseurs entretiennent vis-à-vis le pays qu’ils détruisent, et d’autre part, apologie sans merci de la force militaire brute qui règle tout, surtout les problèmes de conscience. Drake n’est pas subtil pour une miette, hélas.

Band of Brothers. Un commando fonce libérer des humains de l’emprise des Slimes (ah, ces joyeux surnoms !), mais les humains sont devenus des collaborateurs et le commando est pratiquement exterminé. Les deux derniers survivants décident de forcer la forteresse et de tuer tout le monde.

Firefight. Un bataillon de cavalerie blindée doit dégager une zone de tir au milieu de la jungle cambodgienne. Plusieurs arbres millénaires s’y trouvent, dont un arbre-dieu. La nuit venue, le bataillon est attaqué par des forces surnaturelles qu’il réussira à vaincre in extremis grâce à la puissance de l’arsenal militaire.

Contact ! Un peloton de chars s’enfonce dans la jungle à la recherche d’un mystérieux objet abattu par l’aviation. Une rencontre avec des Vietcongs fait des ravages dans leur rang. Le capitaine demande que l’on évacue les blessés, ce qui lui est refusé; mais quand il annonce que son escouade a récupéré un extra-terrestre de l’engin, aussitôt on lui envoie un hélicoptère qui refuse de prendre les blessés, seulement l’alien. Alors le capitaine abat l’extra-terrestre.

Best of Luck. Un capitaine américain se transforme en créature monstrueuse et sanguinaire après des combats et s’abreuve du sang des victimes laissées vivantes ou non sur le terrain. Grâce à un talisman ridicule, un soldat parvient à détruire cette créature maléfique. (Après le danger qui vient de l’extérieur, voici que l’ennemi vient de l’intérieur (encore que ce soit un officier, qui sont, après les politiciens les pires ennemis des soldats...))

The Guardroom. Pas lu, ça s’annonçait moche.

The Last Battalion. Hitler vit encore et les Nazis ont une base sur la Lune (ils ont aussi une soucoupe volante) et une autre sous l’Antarctique. Ils ont attaqué un vaisseau extra-terrestre, ce qui va probablement déclencher une guerre intersidérale. Ils enlèvent un sénateur américain pour plaider leur cause devant le Congrès, Malheureusement, les e-t viennent détruire entretemps la base antarctique et tuer Hitler. Pauvres SS. Une histoire particulièrement ridicule, mais curieusement divertissante.

The Tank Lords. Une histoire de la série Hammer’s Slammers, racontant les aventures d’un bataillon tankiste projeté dans le futur ou dans un monde parallèle (ce n’est pas clair). Ici, les Seigneurs des Tanks sont invités à participer à une guéguerre entre barons. Mais il s’agit d’un traquenard et l’escouade tankiste parviendra à s’en tirer grâce à un jeune eunuque pour qui les chars sont le siège de la demi-divinité. Une histoire longue comme c’est pas permis, ennuyeuse, dichotomique en diable; une grosse nullité militariste...

The Way We Die. La seule histoire vraiment personnelle de Drake, celle d’un commandant de char et de la vie ordinaire au Vietnam; enquiquiné par un lieutenant très à cheval sur les procédures et la hiérarchie, il va finir par le tuer. Très bon.

Ce qui ressort de ces histoires, c’est la paranoïa des individus et leur sens aiguisé de la bonne moralité. On dira que c’est le stress du combat. Mais Drake écrit généralement comme un étudiant appliqué, sans subtilité et sans originalité. Les nouvelles qu’il produit sont sans intérêt, on n’y apprend que peu, sauf sur le déroulement des opérations militaires, et après un ou deux textes, on a compris à peu près comment ça se passait. Autre faiblesse : pas assez de diversité. Autre faiblesse : les fins tombent souvent à brûle-pourpoint, en plein milieu de l’histoire, comme si l’auteur, ayant conclu sur la moralité de la chose, décidait que le reste n’était que fioritures et cessait abruptement son texte.

Quelques nouvelles pas mal, sans plus : The Dancer in the Flames, The Way We Die, Best of Luck.

The Military Dimension
David Drake
1991, Baen
édition originale 1991
273 pages
lecture : novembre 93


Star Trek : The Starless World - Gordon Eklund

Une force implacable attire l’Entreprise à l’intérieur d’une sphère de Dyson. Le vaisseau est incapable d’en sortir. Kirk et ses hommes descendent à la surface. Le nom du monde est Lyra, y habitent une poignée de créatures dominée par le dieu Ay- Nab qui les amène à leur mort. Car Ay-Nab est l’étoile au centre de la sphère et Lyra fonce vers un trou noir dans lequel elle s’engloutira dans une centaine d’heures.

Lyra est aussi peuplée d’Étrangers, des sortes de zombies qui font régner chez les habitants une terreur religieuse car ils sont des créatures d'Ay-Nab.

Kirk veut savoir de quoi il en retourne. Il se bute à la terreur des Lyriens et au fait que les appareils technologiques ne fonctionnent pas à la surface de la sphère. Il fonce vers l’Oasis car c’est là que la clé du mystère se trouve. Il y entraîne Ola, une Lyrienne amoureuse de lui et qui le suit au mépris des tabous religieux. Pour sauver le monde (sans compter l’Entreprise et sa propre vie), Kirk entre en contact télépathique avec l’entité Ay-Nab. Celle-ci récapitule son histoire (c’est tant mieux car sinon on n’y comprendrait que dalle) et réitère son intention de mettre fin à ses jours de même qu’à ceux de ses zélotes en se précipitant inéluctablement dans le trou noir. Kirk négocie au nom des innocents, il ne faut pas punir ceux qui n’ont pas commis de crimes et il faut leur donner une chance de grandir et de mûrir; c’est la condition de la vie, ça, l’erreur mais aussi le dépassement.

Ay-Nab se laisse convaincre. Il libère les vaisseaux captifs de même que tous les habitants de Lyra (sauf les Étrangers qui sont de vrais de vrais zombies). Seul, il accomplira son destin final.

Anodin et plutôt poussif; tellement collé à la réalité télévisuelle que la personnification relève du cliché récurrent. L’auteur est forcément limité par les paramètres établis par les producteurs de Paramount, mais reste que le seul lieu où il lui est possible d’innover, c’est dans l’histoire antérieure des personnages (les études académiques de Kirk et les relations familiales de Uhura). A part ça, c’est zéro l’innovation. Même un écrivain aussi talentueux qu’Eklund finit par étouffer dans le carcan de la recette Star Trek. Zéro innovation, écrivais-je, disons aussi zéro écriture. Un livre insignifiant que le lecteur oublie aussitôt la couverture refermée.

Star Trek : The Starless World
Gordon Eklund
1994, Bantam
édition originale 1994
152 pages
lecture : juillet 94