ATTENTION SPOILERS PARTOUT

lundi 12 mars 2012

Le Général dans son labyrinthe - Gabriel Garcia Marquez

Accompagné par une garde d'honneur formé de compagnons d'armes et de domestiques, le général Simón Bolívar quitte Bogotá après avoir abandonné le pouvoir et entreprend la descente du grand fleuve Magdalena vers la côte. L'Amérique, c'est fini pour lui, il part vers l'Europe; son grand rêve de l'Amérique unifiée craquelle et s’effondre sous l'ambition des généraux qui ont pris les provinces sous leur coupe.

Bolívar, quant à lui, est très sérieusement malade. Son entourage est inquiet, voire découragé. Ses jours sont comptés et le voyage sur le Magdalena sera son dernier. On doute qu'il puisse aller vers l’Europe, d'autant plus que le gouvernement du général Santander (qui fut, mais n'est plus, l'ami de Bolívar) refuse de délivrer le visa qui lui permettrait de quitter le pays.

Alors Bolivar descend le fleuve lentement, s'arrêtant au gré des villages et des villes, et le général moribond se remémore les épisodes immortels de sa vie glorieuse : ici, une action décisive contre l’armée espagnole; là, une conquête féminine, et là encore, un village rayé de la carte dont les ruines sont encore habitées. Comme quoi la vie est plus forte que la mort.

Les femmes ont tenu une place importante dans sa vie. Les femmes, mais pas 1'amour. La licence, le sexe, la chair, sans romantisme, dans la perte de l'ambition amoureuse. Comme beaucoup d'hommes politiques, Bolívar est aiguillonné par le goût de séduire, les femmes sont un champ de bataille où il lui faut être irrésistiblement vainqueur.

Pourtant l'ambition première de Bolívar aura été l’unification des provinces de l'Amérique du Sud en une grande Colombie, un rêve tout à fait napoléonien, c'est-à-dire d’époque. Bolívar, de tous les Libertadors, incarnait plus que tout autre ce rêve d'égalité et cette accession à la puissance. Mais le rêve aura été bref, Bolívar n'est pas encore mort que ses héritiers putatifs et ses ennemis acharnés se jettent comme des chacals sur la carcasse de la Colombie. C'est donc autant à l'agonie physique d'un homme que le lecteur est convié qu'à l'agonie de son rêve, de la grandeur de sa vision.

Bolívar hallucine. Il confond les endroits, se méprend sur les hommes, entraperçoit dans sa chambre les femmes de sa vie.

Toute la vie s'échappe et ne reste que le rêve. Et de sursauts en défaillances, dans le long tourbillon qui le mène au néant, Bolívar va peu à peu perdre pied avec la réalité. Mais jusqu'à la toute fin, jusqu’à ces mystérieuses dernières paroles - Comment sortir ce labyrinthe ? - jusqu'au seuil ultime de la mort, Simon Bolívar n'aura jamais été que l'incarnation de cette immense espérance.

L'écriture est extraordinaire de richesse, dense et touffue comme la jungle que le général traverse, éclairée comme les villages où il prend du repos, sombre et tranquille comme le long fleuve qui le guide irrévocablement vers son anéantissement. Mais ce n'est pas avec la prose que le lecteur-ci a connu des problèmes.

Le problème, ça a été avec le peu de connaissances préalables que j'avais de l’histoire de la libération de l’Amérique latine de la domination espagnole. En fait, mis à part les noms des généraux Bolívar et Sucre, je n'en connaissais absolument rien. Cette histoire pourtant prodigieuse, gigantesque et romantique a été si complètement occultée qu'il m’a été impossible de me raccrocher à quelque souvenir que ce soit, et encore moins de départager l'importance des faits et de saisir les finesses historiques des événements et des lieux que met en scène l'auteur. Le lecteur est dans une zone noire.

En résumé, une écriture somptueuse et une anecdote nébuleuse en raison de l'ignorance du lecteur.

Le Général dans son labyrinthe
Gabriel Garcia Marquez
Grasset, 1990
(El general en su laberinto)
319 pages
lu : janvier 95

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