Ses tentatives d'écritures sont parfaitement insipides, encore que François fasse mine de croire à leur génie. Aussi l'idée de se suicider lui plaît-elle de plus en plus. Il y pense constamment, généralement sur un mode badin — il fait partie d'une génération pour qui la pensée est fureteuse, badineuse, et d'où la profondeur a été évacuée.
Convaincu, il va tenter de mettre fin à ses jours. Il s'achète de la strychnine dont il emplit quelques Mae West. Couché dans un bon bain chaud, François Bruyand mange les gâteaux empoisonnés.
Il se réveille à l'hôpital. Il a été sauvé. Malgré lui. Tout cela est ridicule. Sa famille croit qu'il s'est empoisonné avec un Mae West (elle ne saura pas qu'il s'agit d'une tentative de suicide) et on parle de poursuivre la compagnie. Décidément, il rate toujours tout. Sa carrière humoristique, ses amours, ses romans, son suicide. Mais, coudon, c'est la vie. Le roman se termine sur une espèce de réconciliation familiale mais aussi sur un point d'interrogation : qu'adviendra-t-il de François dans le futur ? Lui-même semble n'y accordé que peu d'importance.
C'est le portrait d'une jeunesse actuelle incapable d'être touché par quoi que ce soit, y compris par ses propres drames personnels. François veut se suicider, c'est une idée, ça a un certain sens, et pourquoi pas. Il rate son suicide, ben coudon, ça devait finir comme ça.
Le portrait est joyeux, par ailleurs. On rit et on sourit. Avard est un authentique écrivain. Reste à peaufiner le talent. Il y a des passages longuets, les débuts des romans du héros nous sont donnés intégralement (entre dix et trente pages pour chacun des trois, c'est trop, c'est long et, pire, franchement inintéressant). Voilà un travail qu'un directeur littéraire aurait dû accomplir sur l'œuvre de son poulain.
L'Esprit de bottine
François Avard
1991, Guérin
262 pageslu: décembre 95
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