ATTENTION SPOILERS PARTOUT

dimanche 30 janvier 2011

The Worthing Saga - Orson Scott Card

Peut-on voir une influence mormone dans la culpabilité très vive que tous les protagonistes éprouvent devant les évènements qui bouleversent leur vie et sur lesquels ils n'ont aucun contrôle ?

Quel livre tout à fait formidable. Et pourtant plutôt conventionnel. Ce qui fait sa grandeur, c'est sa morale austère, peu jouissive, celle d'une humanité déchue à qui l'on tente de faire retrouver le Paradis perdu et qui, toujours, va retomber dans les vieilles ornières humaines que sont l'avarice, le manque de charité, l'envie, etc.

On pourrait lire ce livre, page par page, et trouver des parallèles avec la Bible. Ici, c'est Sodome et Gomorrhe, là les archanges déchus, ici la fable du fils prodigue, là la longue généalogie (aux noms répétitifs) des tribus d'Israël, tout y est et rien ne manque. Une gravité existentielle habite les personnages, ils atteignent à une dignité hiératique dans un monde dur et sans pitié (le seul espoir vient du dieu Jason Worthing, qui refait périodiquement son apparition). Ils ont encore de l'innocence dans l'âme, les yeux sont purs.

Le ton est sérieux, le dilemme de ces gens est entièrement moral (dans un sens positif). Voilà un livre qui va à contre-courant de la pensée laisser-faire actuelle. Les valeurs qu'il prêche sont certainement contestables (encore que l'amour, l'humilité, le travail honnêtement fait, les bonnes relations avec les autres sont des constantes auxquelles nous n'accordons plus l'importance qu'elles méritent), mais le ton est si sincère que c'en est irrésistible.

Le livre est divisé en trois parties : The Worthing Chronicles en constitue la première, et la meilleure, la plus biblique en tous cas. Une demi-douzaine de nouvelles forment Tales from Capitole, la deuxième partie, qui examine de près l'origine du monde de Jason Worthing (mais ce dernier n'y apparaît pas). La dernière partie est composée des trois nouvelles desquelles originent les Worthing Chronicles. Ces trois nouvelles, qui sont parmi les premières que Card ait écrites, montrent avec éclat le chemin parcouru par l'auteur : d'ennuyeux et peu convaincant, il est devenu très efficace et intense.

The Worthing Saga
Orson Scott Card
Tor Book, 1990
463 pages (avec préface de l'auteur et postface de Michael R. Collings)

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